G.ELLIOT-MORETTO

RENSEIGNEMENTS & TARIFS

LES AVEUGLES d'Elliot-Moretto

Du 1er au 31 mars 2012, la Galerie BE-ESPACE présente « Les Aveugles » d’Elliot-Moretto. En hommage au célèbre peintre flamand Bruegel, l’artiste Elliot-Moretto revisite la parabole des aveugles et nous en livre une interprétation contemporaine, autant philosophique que picturale. Cette fois, le regard artistique s’attache à chacun des six personnages : un par toile. La collectivité – la société - reste au centre du propos, mais elle est approchée du point de vue de l’individualité et de la problématique du choix : suivre un chemin, son chemin, avec ou sans guide, et surtout lequel ?

« Si un aveugle suit un autre aveugle, tous les deux tomberont dans le trou ». Une œuvre écrite ou peinte n’est jamais terminée, elle en engendre d’autres et, nourrie du passé, sert le présent. Elliot-Moretto s’empare du tableau de Bruegel comme de la parabole et les entraîne vers son univers, son langage propre. Empêtrés dans leurs chasubles, les six hommes avancent à tâtons. Savent-ils au moins où ils vont ? Sont-ils aveugles ou est-ce leur aveuglement qui altère leur discernement ? Dos à la lumière, ils ne parviennent pas à distinguer une porte, une fenêtre, une échelle de sortie. Y-aura-t-il une deuxième chance, un autre passage ? Ou simplement cette issue-là n’est pas la leur. Le parti-pris d’Elliot-Moretto relève plus de la métaphore que de la description d’un handicap. Ses personnages arborent la canne blanche. Plus comme un signe distinctif qu’un utilitaire. C’est la main qui décrypte, qui caresse les murs. Au lieu de battre le sol, de les aider à se repérer, la fameuse béquille les fait trébucher. À trop vouloir suivre les apparences, le piège se referme.

Les silhouettes se fondent dans le décor, presque fantomatiques. Les visages n’existent pas. Seules quelques vanités persistent. La palette chromatique se concentre d’abord sur le brun Van Dyck, l’orange brûlé et pose les bases d’un clair-obscur. Comme chez Caravage, le monde terrestre est plongé dans les ténèbres, tandis que la lumière cherche à s’infiltrer. Tension dramatique, personnages figés : le rideau tombe. Il envahit le tableau comme sur une scène de théâtre. Pour le salut final, les acteurs ont posé leur canne comme on dépose les armes. Rendus au verdict. Mais, à bien les compter, ils ne sont plus que cinq.

Le sixième est passé de l’autre côté. Pour une échappée bleue, une échappée belle. La voie – comme la foi – est enfin libre : « Qui sauve une vie, sauve l’humanité toute entière » ! L’horizon se lève, la canne se fait bâton de pèlerin. Dans la lignée de sa précédente série « Via Crucis » (Chemin de croix au féminin), Elliot-Moretto poursuit sa quête et ne lâche pas le fil conducteur de sa démarche artistique. Humblement, elle suit sa route, et, malgré ses interrogations incessantes sur la condition, la comédie humaine, semble avoir trouvé son guide : sa peinture qui la mène vers sa clairvoyance.

Pour marquer le lien avec cette dernière exposition au Cloître des Billettes,  elle nous présente également quelques fusains. L’on y retrouve les traces, les cicatrices de ses œuvres antérieures ou actuelles : ce morceau de tissu rouge de la robe du manipulateur, du drapé du rideau de la tragédie des aveugles. Comme pour nous rappeler que sur le chemin de « l’homme qui marche », chaque étape mène à la suivante.      

Artiste-peintre, technique mixte, style figuratif

Geneviève Elliot dénoue les fils tortueux d’une condition humaine à la fois subie et sublimée. Sur la noirceur des fonds, l’artiste braque la lumière d’un autre possible. Effets de couleurs et de matières, le sujet irradie et interpelle. Il implore, il propose. Pas de certitude, juste un champ de questionnement, une invitation à l’échange. La souffrance ne se dit pas, elle est le lien commun viscéral. Fulgurante, elle transperce ; lancinante, elle perdure. Compagne de toujours, elle traverse les cœurs et les corps. Elle enrobe de carapaces, écorche vif. Geneviève Elliot affleure, déflore les peaux pour disséquer les âmes. Elle nous entraîne dans une radioscopie du refoulé, à travers ces corps recroquevillés ou alanguis : l’expression naît des chairs évanescentes, des silhouettes corsetées de leur banale nudité. Des choix chromatiques audacieux  - pigments carnation, rouge-brun sang, blanc bleuté – participent à la dramaturgie des compositions. L’artiste se livre à une mise en abîme de l’intime – le nôtre et le sien - pour aller jusqu’à l’abandon, la déliquescence avant la renaissance. La féminité se livre et, avec elle, l’humanité, au-delà d’un caractère sexué.   

Geneviève Elliot-Moretto naît en 1948. Elle vit et travaille près de Paris. Elle suit les cours aux Arts Appliqués et à l’École du Louvre et fréquente l’atelier modèle vivant de la Grande Chaumière à Paris, avant de devenir enseignante d’Arts Plastiques en Seine-Saint-Denis, en 1992. Elle expose régulièrement en France et à l’étranger, dans des institutions culturelles ou des galeries. La Galerie BE-ESPACE la représente de façon permanente. Très attachée à la figuration, son œuvre au style intemporel, est marquée par son intérêt pour les corps et toutes leurs humeurs. À travers eux, elle révèle, sans concession, ses contemporains. Pas étonnant donc, qu’elle cite parmi ses influences, aussi bien Francis Bacon, Berlinde de Bruyckere que Rembrandt ou Bruegel.