LOUIS TERAN

INCOGNITO : portraits by Louis Teran

« Mois de la Photo Novembre 2012 » Brian Elliott Rowe fait découvrir le jeune photographe Louis TERAN. En une trentaine d’œuvres, l’exposition présente les pièces les plus significatives de son art du portrait. Célèbres ou inconnus, ses personnages sont mis à la même enseigne. Il les soumet au sérum de vérité de son objectif : fêlures à fleur de peau, regard franc ou à la dérobée, vêtus du seul costume de leur identité nue.

Louis TERAN traque la singularité. Photo après photo, modèle après modèle, il est en quête d’un « autre moi » capable de le renseigner sur lui-même. Œil voyeur, il observe, il décrypte. Œil attentif, il sait recevoir les confidences visuelles. Œil porte-parole, il restitue les cris silencieux, les non-dits ou les simplement dits. Aux apparences, il préfère la transparence. Ainsi, Louis résume ses prises de vue comme des échanges où il demande à ses photographiés : « Donne-moi un peu de toi, et j’essayerai de montrer ce que tu n’as jamais vu de toi-même ». Il prétend n’avoir aucune technique, mais cadre sophistiqué, impose sa lumière, compose pur et élégant. Ce qu’il aime : triturer la matière, à la limite de l’empirique. L’appareil photo n’est qu’un outil. Il le choisit pour sa sensibilité, son impartialité. Comme un compagnon de voyage visuel, qui prolonge sa main, son regard et à la grâce duquel il met une image sur ce qu’il veut voir.

Si TERAN ne nomme pas ses photos, c’est parce qu’il refuse de leur coller une étiquette. Il leur offre l’anonymat comme garde-corps, garde du corps. Qu’il s’agisse de parfaits inconnus ou de célébrités, comme Michou. Mais alors, la part qu’il révèle sait rester fidèle à la personne privée et faire tomber le masque de la notoriété.

L’acte de photographier n’est pas anodin. Pour combattre la peur face à l’appareil ou capter l’instant magique des « mangeurs de caméra », Louis TERAN s’attache à créer un climat de confiance, de confidence. Entre un jeu de séduction qui rassure, qui invite, et un objectif inquisiteur, ne serait-il, ici, aussi question d’amour ? Ce sentiment qui libère, qui rend seul possible l’art du portrait. Don de l’image, don de soi, les protagonistes deviennent partenaires, co-auteurs de l’échange. Masculin ou féminin, le caractère sexué est accessoire. L’homme livre sa féminité. La femme sa masculinité. Chaque être est un tout, divisible en multiples facettes, au-delà des clichés, d’une sexualité affichée ou tue. TERAN est fasciné par l’androgynie, plus encore par cette ambiguïté lorsqu’elle est abritée par des corps jeunes, dans l’ambivalence de leur adolescence. La métamorphose comme le transformisme plongent dans l’inconnu, au cœur d’une identité aussi. Il faut pouvoir y lire. Avide, curieux, le photographe traque les indices pour deviner, comprendre ; les exacerbe, les transcende pour construire une œuvre. 

Admirateur d’Alfred Stieglitz, très Inspiré de l’expressionnisme allemand des années 1920, Murnau, Fritz Lang, Louis TERAN est d’abord un photographe du noir et blanc. Il compose ses photographies comme des arrêts sur image de film. Il ne pense pas photo, il met en scène, fige ses modèles sans leur ôter leur caractère vivant. Verticalité, horizontalité, il travaille les poses pour répondre à son obsession des lignes et privilégie le grand angle. Effets de perspectives, distorsion de l’image pour espacer les plans, il élargit le champ – le sien comme celui du spectateur - et paradoxalement serre de près l’âme du sujet. Entre poésie et surréalisme, la vérité de l’instant affleure ou lâche prise. Le photographe est aussi peintre de l’instant. Dans sa captation des visages, dans son choix des postures, il puise dans ses références picturales comme dans la mémoire collective. On pense à Lucien Freud pour le magnétisme, l’intensité de toutes ces vies, ces pensées extirpées. Aux hyperréalistes, pour cette impression de texture, ce grain de peau si particulier.

TERAN sait toujours la photo qu’il veut voir. Reste à trouver le modèle idéal pour ce graal. La bonne photo est celle qui réussit l’osmose parfaite entre la vision du photographe, le sujet et la perception du spectateur. La photo ratée est celle où l’intention du photographe a avorté, où l’aventure n’a pas eu lieu. Personne ne s’est trouvé, ne s’est rencontré.

Louis TERAN naît à Paris en 1981. BAC en poche, il part à Londres pour une escapade musicale, sa guitare rock en bandoulière. De retour en France, entre petits boulots et réflexion sur son avenir, les images du film « Les Anges déchus » de  WONG KAR-WAI lui reviennent à l’esprit, comme une résurgence.C’est la révélation. Cette singularité, cette  narration poétique, ce savoir-faire de « plasticien en mouvement », voilà ce qu’il veut atteindre. D’abord via la photographie. Premier stage chez Jean-François ALOÏSI pour apprendre les bases du métier. Et, très vite, assistant de Jean-Baptiste MONDINO. Il observe, s’imprègne, accumule les d’expériences sur le terrain. Aux premières loges de l’instantané pur, du simple, du direct, il découvre la fulgurance inspirée d’un photographe qui va à l’essentiel. Louis TERAN a trouvé sa voie. Aujourd’hui photographe professionnel, artiste à part entière, il propose des thématiques qui laissent le temps faire son œuvre.

EXPOSITION "WHAT'S UP ? 4 PHOTO WORLDS" (Nov 2013)

INTIMITÉ(S)

Dans l’intimité du Je et du jeu, l’art du portrait de Louis Teran s’attaque au plus profond des êtres. Dans la complexité de leurs méandres, âmes sœurs ou ennemies, fusionnelles ou paradoxales. Dans l’omniprésence de leur corps, dont les postures, faussement nonchalantes, les attitudes élégantes sont parfaitement étudiées et mises en scène. Avec un sens aigu du cadre, le photographe projette sa lumière : elle se réfléchit sur les murs, rase les décors, affleure les peaux, nimbe les visages. Pour cerner l’intimité à même l’âme, au plus près des chairs à nu, des costumes revêtus. L’esprit s’échappe des personnages, ludique, poétique, introspectif, toujours libre. Qu’il s’agisse d’une incarnation de soi ou d’un rôle embrassé. L’artiste réussit l’alchimie entre l’expression du corps et celle de la pensée. Pas univoque, pas équivoque. Juste des tonalités, des nuances de langage, pour les subtilités d’une narration visuelle. Funambule, Louis Teran s’avance sur un fil ténu : son art photographique s’épanouit dans les fragilités de sa force, dans l’intensité de fêlures inavouées.

Louis TERAN (1981) vit et travaille à Paris. Ancien assistant de Jean-Baptiste Mondino, il est photographe indépendant depuis 2008. Il collabore avec Vogue Italie, Casa Vogue, AD… et avec des marques prestigieuses. En 2012, il réalise sa première exposition solo à la Galerie BE-Espace.  Actuellement, Il termine « La Chute », une série personnelle, mettant en scène le cri de survie de l’être dans l’abysse du doute, dans le déchirement de ne pouvoir être absolument. Son autre projet en cours tourne autour d’un boxeur. Il y combine photos et vidéos.

NEWS - Février / Mars 2013

Skip the use, Victoires de la Musique Album rock de l’année ! 
Vous aimez leur musique, vous aimez leur chanteur ! 
Découvrez Mat Bastard en photo à la Galerie BE-ESPACE : un moment unique, capté par le photographe Louis TERAN. Toute l’intensité du rocker, la fougue du showman dans l’objectif du photographe où la grâce de l’instinct au moment du clic.  

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